Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/07/2015

Suite et fin

 

 

DSC02632.JPG

 

 

 

 

Les conditions météo étant assez favorables, c’est-à-dire un vent de 15-20 nds prévu pour les jours suivants,  nous nous préparons à laisser derrière nous notre nouveau petit paradis.

        

 

 

                DSC02642.JPG

       

DSC02644.JPG

 

 

 

 

 

 

 

Une dernière soirée avec les bateaux du mouillage, dont "Iron Horse", nos amis anglais qui viennent juste d'arriver aux Cocos.

 

 

           DSC02636.JPG       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et la passe est franchie sans difficulté au petit matin.

Au revoir les Cocos Keeling et l’Australie

 

 

        

DSC02650.JPG

 

     DSC02651.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les conditions sont relativement  confortables vue l’état de la mer sous ces latitudes. Nous avons quitté les Cocos Keeling avec une bonne météo , mais la traversée durera au moins 15 jours. Que nous réserve la suite?

1 ris, 2 ris dans le meilleur cas, 3 ris  la plupart du temps, nous ne voulons  fatiguer ni le bateau ni le pilote.

 

 

Tous les matins nous faisons le tour du bateau pour ramasser les poissons volants qui pullulent sur le pont.

 

 

       

DSC02667.JPG

 

 

 

Nous en retrouvons partout, parfois même dans l’annexe toujours suspendue à l’arrière dans ses bossoirs, la forte houle leur servant de tremplin, nous n’en avons jamais trouvé autant sur d’autres mers, jusqu’à 30 par jour!

 

 

Des dauphins nous accompagnent un moment, et puis plus rien ….. toute la journée….. Et  toute la nuit,

 

 

          DSC02658.JPG

 

 

 

pas un bateau de pêche, pas un oiseau, nous sommes trop loin de toute côte.

 

 

        

DSC02661.JPG

      

 

Nous barrons toujours de temps en temps, ½ heure chacun, pour soulager le pilote.

 

Un beau temps d’Alizés, une mer belle, nous commençons à nous habituer à cette très forte houle croisée, un peu musclée qui nous chahute dans tous les sens, beaucoup plus que tous les océans que nous avons déjà traversés, mais nous nous y attendions.

 

 

           DSC02668.JPG       

 

 

 

 

 

 

 

Voilà une semaine que nous avons quitté les Cocos et nous venons de franchir la moitié du parcours, il  nous reste encore à parcourir 1100 miles jusqu’à l’île de Rodrigues, une petite île qui sera une étape bienvenue avant d’atteindre L’île Maurice, 350 miles plus à l’Ouest.

 

 

Jusque là tout va bien, la mer et le vent ont  forci mais le bateau, et l’équipage, tiennent bien la route, toujours sous 3 ris et un bout de torchon en guise de génois, même si cette grosse mer croisée reste particulièrement inconfortable.

 

Le 8° jour, à midi exactement, je suis installée à ma place habituelle, à l’arrière du bateau, calée sur la bouée couronne pour dossier pour amortir un peu les fortes secousses.

 

Même de jour, alors qu’il n’y a absolument rien à voir  si ce n’est un horizon vide et sans fin, nous maintenons toujours une veille à l’extérieur, en alternant avec le capitaine, selon l’envie et la fatigue du moment.

 

Donc je suis en veille à ce moment-là, et c’est alors..... qu’un énorme crac me fait sursauter.

Stress +++

Le capitaine bondit dans le cockpit comme un diable hors de sa boite.

 

Le bateau se met à tourner sur lui-même et la barre ne répond plus.

 

Nous pensons tout de suite aux drosses de barre. C’est une avarie possible, et elle est réparable. Le capitaine s’apprête à les démonter, quand je lui montre au loin sous le vent, un objet noir, une sorte d’espar qui émerge à moitié en faisant un curieux angle.

 

Je  dis: «  nous avons sûrement heurté quelque chose, ou un madrier, ou peut-être un container immergé »

Ce que je pensais possible vu la violence du choc.

 

Mais tout à coup nous voyons l’espar basculer et Alain me crier: «  c’est le safran, nous avons perdu le gouvernail!!!! »

 

Alors là, c’est la cata……,

je n’arrive pas à y croire, l’avarie majeure, une de celle que nous redoutons le plus (un mat cassé, on peut toujours gréer un bout de mat de fortune). L’avarie majeure c’est la perte du gouvernail, ou de la quille, ou  heurter un container immergé.

 

Nous nous précipitons pour voir si nous n’avons pas une voie d’eau, ce qui est tout à fait possible si le tube de jaumière s’est arraché avec le safran.

Ouf! Pas de voie d’eau! Cela nous laisse le temps de nous retourner.

 

 

 

 

Les voiles sont affalées. Puis,  pour éviter que le bateau ne tourne comme une toupie et soit roulé bord sur bord dans cette forte houle,  nous avons installé notre ancre flottante, qui a tenu exactement 5 minutes avant de se déchirer! ( merci aux fabricants de matériel de sécurité!)

 

Nous avons ensuite mis en place de grandes aussières, amarrées à l’arrière du bateau, ce qui l’a heureusement un peu stabilisé. Pas complètement et nous continuons à rouler très inconfortablement, mais c’est un peu plus supportable.

 

Ensuite nous tentons de gréer un gouvernail de fortune (comme c’est écrit dans les bouquins) c’est-à-dire utiliser le tangon, rallongé d’une large pale fabriqué avec un plancher, et brêlée sur le tangon.

 

Nous arrivons à peine à déplacer le tangon, vu son poids. Le bateau pèse 13 tonnes et tout est à la mesure de la taille du bateau.

 

DSC02691.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Péniblement, nous arrivons à mettre à l’eau ce tangon, alourdi par le bout de plancher, mais, vu la très forte houle et les pressions exercées, l’installation est parfaitement inefficace, voire même dangereuse car le bateau ne répond pas du tout, et nous renvoie des grands coups de tangon incontrôlables dans les côtes.

Et nous avons encore 1300 miles à parcourir……….

 

 

 

Sans en attendre vraiment de solution, nous lançons alors un appel au CROSS du Cap Gris-nez, en France, chargé de gérer ce type de situation.

Le CROSS nous rappelle une heure après pour nous signaler qu’aucun bateau, ni à Maurice, ni à la Réunion, ne peut venir nous remorquer (seul un bateau de guerre aurait pu éventuellement effectuer cette opération) et pour les autorités australiennes dont dépend cette zone maritime, il est hors de question également de nous envoyer du secours aussi loin ( nous sommes à    2000       miles de l’Australie)

Mais nous savions bien qu’un remorquage sur une telle distance et dans une mer aussi forte était de toute façon inenvisageable.

 

 

La seule issue que nous propose le CROSS, ce que nous redoutions, est d’abandonner le bateau, en détournant un cargo de sa route pour nous recueillir.

Nous nous doutions qu’une avarie majeure comme perdre son safran, en plein milieu de l’océan indien, c’est-à-dire aussi loin de tout, et dans une mer aussi dure, ne pouvait se terminer que de cette façon.

 

La mort dans l’âme, nous envisageons cette décision, nous allons peut-être devoir abandonner notre cher Pulsion.

 

 

 

Aux Cocos Keeling nous avions fait la connaissance, comme d’habitude des quelques bateaux au mouillage, un américain qui comptait y rester encore un mois, un allemand qui avait quitté les îles 3 jours avant nous, nos amis anglais sur « Iron Horse » qui venaient juste d’arriver aux Cocos, et un bateau espagnol (pardon, Catalan) qui devait lever l’ancre 1 jour après nous.

Comme d’habitude également, avant de partir,  nous échangeons nos coordonnées iridium, (notre téléphone satellite), pour rester en contact pendant la traversée et aussi mais sans trop y penser, par sécurité.

Nous nous donnions ainsi nos positions tous les jours par mail.

 

Nous avons donc contacté, par mail (nous n’avions pas encore son n° de tel satellite)  « Badoc », le RM 10.50 catalan qui  suivait notre route pour lui annoncer notre avarie,  et lui demander s’il pouvait se rapprocher de notre position.

Nous attendons jusqu’à la fin de l’après-midi sa réponse, et bien sûr, la solidarité entre marins a tout de suite fonctionné et il nous a  répondu qu’il serait sur place d’ici 2 jours pour nous assister.

Ouf! Un grand merci à Badoc et à la technologie moderne qui nous permet de communiquer aussi facilement (avec le tel satellite) et les GPS qui permettent de localiser exactement la position de chaque bateau.

 

 

Et nous passons 2 journées et 2 nuits blanches, stressés, ballotés d’un bord sur l’autre comme un fétu de paille dans cette mer chahutée. L’attente, si rassurante soit elle, nous a paru bien longue, nous demandant si nous prenions la bonne décision, jamais dans notre longue vie nautique nous n’avions vécu de tels moments.

Mais ces 2 jours nous permettent de préparer nos sacs étanches avec ce qui nous parait être le strict nécessaire.

Sentiment étrange et contrasté, tellement improbable, d’imaginer abandonner son bateau. 10 ans de notre vie , de soins intensifs, de dépenses, d’efforts répétés pour le maintenir le plus proche possible de son état d’origine, ce dont nous étions assez fiers.

Attitude dérisoire et irrationnelle, je nettoie l’intérieur du bateau, le frigo, jette ce qui est périssable, je veux le laisser impeccable…..comme une bonne petite ménagère.

 

Enfin, au petit matin du 2° jour, nous voyons apparaitre Badoc. Après quelques échanges par VHF, Badoc nous confirme qu’il est prêt à nous prendre à son bord.

 

 

Nous prenons alors définitivement la décision d’abandonner le bateau.

 

Nous mettons donc notre annexe à l’eau, le capitaine la maintient difficilement à l’arrière (la jupe vient l’écraser à chaque descente de la houle) ,  je balance les quelques paquets que nous avions préparés, et à mon tour d’y aller. D’habitude cette opération anodine se passe dans un mouillage tranquille, je n’imaginais pas qu’il serait aussi difficile de sauter dans une aussi « petite » annexe qui se cabre dans tous les sens dans une mer démontée.

Bon, allez ma vieille, maintenant il faut plonger en visant au mieux au milieu des paquets. Pas très élégant mais ça marche, et je frémis à l’idée de ce qu’aurait pu être le sauvetage à bord d’un cargo, avec cette houle démesurée venant se fracasser sur ses parois verticales.

 

 

Nous voilà maintenant récupérés par Badoc où nous accueillent chaleureusement Francesc et Mariane. Le bateau est rapidement remis en route et nous vivons alors ce moment terrible où nous nous éloignons en laissant derrière nous, tout seul dans cette immensité, notre vieux compagnon, notre cher bateau à la dérive, partant vers un destin que nous n’osons imaginer. Je ne pensais pas que ce moment serait si dur…..

 

 

De Cocos a Rodriguez 024a.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De Cocos a Rodriguez 007a.jpg

 

 

 

 

 

Nous reprenons donc la route initiale vers Rodrigues, mais maintenant à bord de « Badoc« , dans une mer et un vent qui vont forcir peu à peu.

 

 

       De Cocos a Rodriguez 050.JPG

      

de Cocos a Rodriguez 095.JPG

 

         de Cocos a Rodriguez 068.JPG

 

 

 

 

 

 

 

Peu à peu la mer et le vent forcissent de plus en plus. Finalement nous avons eu beaucoup de chance d'être récupérés par Badoc dans un relatif moment d'accalmie.

 

Des murs d’eau se dressent à l’arrière du bateau

 

DSC02743.JPG

 

 

        

de Cocos a Rodriguez 093.JPG

 

         de Cocos a Rodriguez 075.JPG

      

DSC02734.JPG

 

        

 

2 fois le cockpit sera rempli (et vidé aussitôt rassurez-vous)

 

 

         DSC02782.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Impossible de mettre le nez dehors, le pont est balayé en permanence

 

 

       

De Cocos a Rodriguez 060.JPG

 

          de Cocos a Rodriguez 080.JPG

 

 

Le spectacle est fascinant et jamais nous n’avons dû affronter jusque là une mer aussi dure.

 

 

      

DSC02765.JPG

 

        DSC02766.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La grand voile est complètement affalée, il ne reste que la petite trinquette à l’avant qui nous fait avancer quand même à 7-8nds.

 

 

         

de Cocos a Rodriguez 092.JPG

      

      

 

 30, 35 nds, le vent va monter jusqu’à 40 nds établis, avec des pointes à 45 nds. Mais c’est la mer qui est la plus impressionnante.

 

 

        DSC02746.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une grosse houle croisée qui nous secoue dans tous les sens

 

 

     

DSC02750.JPG

 

 

Enfin, après une semaine de mer inoubliable, nous atteignons le paisible mouillage de Rodrigues,

 

 

      

DSC02800.JPG

 

 

 bien protégé par sa grande barrière de corail, jardin des pêcheurs locaux.

 

 

       

DSC02806.JPG

 

DSC02808.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi les bateaux au mouillage, l’un a dématé, l’autre a eu une avarie de pilote et tous gardent un souvenir ému de cette traversée de l’indien par la route sud.

 

 

Un grand, grand merci à Francesc et Mariane,  qui nous ont si bien accueillis à leur bord. D'excellents marins, sur leur bateau très sûr et bien préparé, et cependant c'est toujours la mer qui aura le dernier mot, pour le meilleur et pour le pire.

Nous  garderons toujours nos amis catalans dans nos souvenirs les plus marquants de cette aventure et dans notre cœur.

 

 

         

DSC03053.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

Cathy ton compte rendu est remarquable , épuré de tout terme grandiloquent.

Nous partageons votre tristesse d'avoir vu ainsi Pulsion disparaitre à l'horizon.

Que d'aventures à raconter aux petits enfants !

Vos navigations ne sont pas terminées, mais une petite pause sera sans doute appréciée...

A plus !

Écrit par : Reginald | 13/07/2015

Chers Catherine et Alain,

Nous découvrons ces ultimes pages de votre blog et sommes impressionnés par la clarté, l'émotion et la pudeur de ce récit, très instructif sur les dangers encourrus lorsque l'on prend la mer…

Toutes ces années autour du globe, émaillées de rencontres, de découverte de lieux improbables, d'expériences humaines et maritimes rares représentent une richesse énorme dont nous vous laissons savourer le souvenir et qui nous en sommes surs permettront d'en adoucir l'épilogue.

Nous ne doutons pas que vous saurez rebondir rapidement vers de nouvelles aventures !!!!!

Nous vous embrassons
Charles et Isabelle

Écrit par : Charles Gury | 19/07/2015

Catherine et Alain
Eh bien quelle aventure !!!!!!! souhaitons toutefois que les meilleurs souvenirs de ce tour du monde seront ceux qui resteront définitivement gravés dans votre mémoire.
Bises à vous deux.

Écrit par : Moreau René | 03/08/2015

Sincères condoléances....mais vous auriez du le couler, vous n'ětes pas seuls sur la mer !!

Écrit par : jean paillardon | 02/09/2015

Sommes une bande de copAins qui pensons bien à vous espérons vous voir sur notre caillou hoedicais amitiés sinceres Moreau queldan Rault
JOHN

Écrit par : Rault | 08/09/2015

Catherine et Alain
nous nous souvenons de 2008 ou nous avons passé ensemble un moment sympat aux Canaries avant votre départ pour le rallye du soleil
nous venons de connaître la triste fin de Pulsion par l'article dans voiles et voiliers et nous partageons votre tristesse
de notre coté ,en 2012 ,nous avons terminé notre retour de Nlle Calédonie par l'est ,via la Nlle Zélande ,le cap Horn et le retour Atlantique sud et nord,jusqu'à Arzal
après 35000 miles et 8 ans de navigation nous avons vendu Tisoaz pour qu'il poursuive ses navigations avec un nouvel équipage
nous sommes actuellement sous d'autres horizons à Chamonix
si l'envie de montagne vous chatouille pour tourner une page maritime ,vous êtes les bienvenus

très amicalement
Françoise et Jean-Pierre

06 61 55 46 40
280 route des tines
74400 les praz de Chamonix

Écrit par : jean-pierre et Françoise Tournade | 29/10/2015

Les commentaires sont fermés.